ConstruCom : Qu’est ce qu’un packaging efficace, notamment dans la construction ?
Annette Freidinger : Avant tout, il faut tenir compte de la réglementation, notamment de l’éco-conception à la source de l’emballage, la réglementation très particulière liéé aux produits dangereux et au règlement Reach, qui porte sur l'enregistrement, l'évaluation, l'autorisation et les restrictions des substances chimiques. Partant de cela, un bon packaging est celui qui va satisfaire la filière : conditionneurs, logisticiens, distributeurs, notamment pour la manipulation, le stockage et le repérage. Et au final, on trouve bien sûr le consommateur, qu’il soit particulier ou professionnel. Pour lui, tout doit être pratique, le moins cher possible, accompagné d’une réduction de poids et/ou de volume.
ConstruCom : Comment se comporte le consommateur pour acheter un produit ?
A. F : Quand on connaît une marque, le packaging sert à la repérer sur le linéaire. Il permet également de signaler l’existence d’une marque, de renseigner sur le contenu ou sur le mode d’utilisation. On peut aussi évoquer la fonction marketing de l’emballage avec, par exemple, les pots rectangulaires en plastique qui attireront plus les femmes tandis que les pots ronds en métal s’adressent plus aux hommes. L’ensemble doit avoir une cohérence entre le contenant et le contenu.
ConstruCom : Quels sont les critères d’un bon packaging pour un consommateur bricoleur et un professionnel du bâtiment ?
A. F : Le consommateur réfléchit au produit, se laisse guider au gré des linéaires et se dirigent vers des petites quantités. De son côté, le professionnel recherche l’aspect pratique et technique. Il est aussi très préoccupé par la fin de vie des emballages.
ConstruCom : Quelle est l’évolution des comportements ? Va-t-on vers le zéro-emballage ?
A. F : Difficile de faire disparaître l’emballage car il remplit la fonction de contenant pour le transport. Toutefois, on s’oriente vers la réduction de déchets notamment avec les éco-recharges, les poches. Quant à la tendance des matières bio et plus particulièrement celles réalisées à partir de maïs, elle commence à s’affaiblir. Tout d’abord, car on utilise un produit alimentaire à des fins non alimentaires, ensuite il s’agit souvent de culture intensive alors qu’il faut faire attention à la déforestation, enfin la traçabilité est difficile (OGM) et le maïs consomme beaucoup d’eau. Dorénavant, les industriels se tournent plus vers l’utilisation des résidus comme ceux de la canne à sucre ou encore des végétaux qui n’ont pas de valeur nutritionnelle.
ConstruCom : L’expansion du E-commerce va-t-il changer la donne ?
A.F : Cette nouvelle façon d’acheter entraîne un packaging moins sophistiqué, mais aussi un emballage de type universel où l’on peut mettre le plus d’éléments possibles à l’intérieur. On voit certaines initiatives intéressantes comme des sacs réutilisables pour de nouveaux envois ou encore des emballages en carton avec des sacs en tissu qui peuvent servir de sac de transport.
ConstruCom : Comment envisagez-vous l’avenir du packaging ?
A.F : Actif et intelligent. Actif car on doit pouvoir acheminer le produit sans l’altérer, mais également sans l’abîmer lors et après l’ouverture. Ainsi, des applications telles que l’encre thermosensible, des pastilles pour avertir la rupture de la chaîne du froid… font leur apparition. Des gadgets certes, mais qui révèlent une tendance. Avec le Grenelle de l’environnement, de plus en plus d’emballages seront issus de matières renouvelables, le décor sera réalisé avec de l’encre végétale, etc. L’éco-conception devrait croître dans les années à venir tout en conservant la praticité, en poursuivant la réduction des prix et la juste fonctionnalité du produit.
Annette Freidinger est experte internationale en emballage et maître de conférence à l’Ecole nationale d’agronomie et d’industrie alimentaire de Nancy. Elle est également consultante technique sur le salon international de l’emballage de Paris-Villepinte dont la prochaine édition aura lieu du 19 au 22 novembre 2012.